La boulangerie

Témoignage du XIXème siècle

 

Le Conseil Général du Loiret acquiert le château de Beaugency en 1840 afin d’y installer un dépôt de mendicité de 150 places qui sera inauguré le 2 mai 1840.

Pour fournir le pain de cette communauté, une boulangerie avait été construite, dont on peut encore voir ici le four.

 

Depuis un décret du code Napoléon de 1808, chaque département était tenu de disposer d’un dépôt de Mendicité afin de permettre la réinsertion des mendiants dans la société en leur redonnant le goût et l’habitude du travail.

 

A chacun sa tâche et sa spécialité:

  • les hommes valides sont employés pour transporter les ordures de la ville, cultiver les champs, piler le chanvre et tous les travaux qui exigent de la force
  • Les vieillards ou les infirmes trient la laine, tressent des chaussons, travaillent la paille,… Chacun est occupé selon sa spécialité.

 

Au menu du dépôt de mendicité :

Lundi, mardi, jeudi, vendredi et samedi

Déjeuner à 10 heures : ½ litre de soupe - Diner à 16 heures : 4 dl de légumes

 

Mercredis et dimanche et quelques jours fériés :

Déjeuner à 10 heures : ½ litre de soupe grasse avec des légumes

Diner à 16 heures : la viande qui a servi à faire la soupe avec 3 dl de légumes assaisonnés dans le bouillon.

Lors des fêtes, les pensionnaires masculins reçoivent 25 centilitres de vin.

 

La ration de pain est de 750 gr (l’équivalent de 3 baguettes) pour les hommes et 700 gr pour les femmes.

125 gr de pain blanc pour la soupe des hommes et 93 gr pour les femmes.

Le pain est de pur froment, fabriqué à l'hospice pour le compte de la maison et distribué vingt-quatre heures après la cuisson.

Un supplément d'une demi-ration est accordé à chaque détenu employé au transport des boues de la ville, aux travaux de culture, aux pileurs de chanvre et aux commissionnaires.

Les repas se prennent en commun dans les ateliers, sur des tables mobiles. Chaque détenu mange séparément dans une gamelle de fer battu.

A 72 ans, les détenus indigents ou condamnés, sont admis au régime des vieillards qui consiste en une ration de pain blanc de 625 grammes, de la viande tous les jours gras de la semaine et 25 centilitres de vin.

 

La vie du dépôt

A leur arrivée au dépôt, les mendiants passent à la visite médicale. On leur fait prendre un bain et revêtir l'uniforme de la maison. Pour pouvoir être libéré, un mendiant doit avoir séjourné au moins 3 mois au dépôt, avoir reçu pour son travail au moins 5 francs et s'être toujours bien comporté.

Un aumônier est chargé du service religieux de la maison et des sœurs s’occupent du quartier des femmes ainsi que de l’infirmerie, de la lingerie et de la cuisine.

Un médecin visite tous les jours les malades, à 7h en été et à 8h en hiver.

Les sous-surveillants sont choisis par le directeur parmi les mendiants des deux sexes. Un détachement de 25 hommes, commandé par un officier, fourni par la garnison d'Orléans et relevé tous les deux mois, assure la sûreté du dépôt.

 

La literie est composée de planches placées sur deux tréteaux en bois, une paillasse, un traversin, deux draps, une couverture de laine en été, deux en hiver. Les vieillards ou les malades ont un matelas supplémentaire. Tous les ans, les bois de lit et les couvertures sont lavés ; la paille des paillasses est renouvelée tous les six mois.

 

Le bilan vu par un contemporain : M. Lorin de Chaffin (1856)

« Le travail des champs est celui que les mendiants préfèrent à tout autre ; dès qu'il a été adopté, le chiffre de la mortalité s'est abaissé tout à coup. Sur une population de 254 individus, le rapport de 1854 constate 129 aveugles, paralytiques, épileptiques, idiots, estropiés, gâteux, perclus ou incurables. Il en résulte que le dépôt tend de plus en plus à se transformer en hospice.

Ce serait une erreur de croire que tous les mendiants renfermés au dépôt en sortent moralisés. Un grand nombre de récidivistes rentre au dépôt après avoir dépensé leur masse en qu'elles qu’orgies, ce qui prouve combien il sera difficile de corriger leurs penchants vicieux. Les dépôts n'en n'ont pas moins un but d'utilité réelle, celui d'éteindre par degrés la mendicité vagabonde, de ramener quelques mendiants au sein de la Société et d'offrir à la pauvreté digne de pitié un asile contre la misère.

Traquée de département en département, la mendicité vagabonde se détruirait d'elle-même au moyen de sévères mesures de répression dirigées contre elles d'un bout à l'autre de la France. Nous en avons eu la preuve dans le Loiret en 1840. Du moment où le dépôt de Beaugency fut mis en activité, la mendicité disparut comme par enchantement à Orléans et la population du dépôt, organisé pour cent cinquante mendiants, resta longtemps au-dessous de trente individus.

Puis quand l'administration se relâcha de sa rigueur, les mendiants apparurent de nouveau dans les rues et sur les places publiques. »

 

Fermeture du dépôt en 1926.